Dimanche 12 juillet – L’ascension
de la Mortice
Depuis trois jours qu’on leur en
parle, il fallait bien que ça arrive. Sans doute l’ascension la plus dure dans
la tête et… dans les jambes ! Il faut dire qu’elle est très longue,
qu’elle s’effectue par étapes et qu’il y a beaucoup d’étapes !
Le départ a été retardé d’une
demi-heure. En effet, à la montagne, ce n’est pas le tout de marcher, encore
faut-il récupérer la nuit. Pour assurer une bonne forme, il est plus prudent de
décaler le départ. A 7h30
passée, la petite colonne des véhicules reprend les lacets qui rejoignent la
nationale, au fond des gorges du Guil. Direction Guillestre puis Vars – Sainte
Catherine (1793m). La route laisse la place à un chemin d’exploitation pendant
plusieurs kilomètres. Un champ près de la cabane des Couniets (2300m) fera
office de parking. Ce petit bâtiment est une bergerie d’altitude. Un peu avant 9h, nos jeunes se mettent en marche après avoir
maintes fois demandé où on allait, est-ce qu’on voyait la Mortice et quand on allait
faire la première pause.
Une ascension en montagne reprend
souvent le même scénario : gagner un col puis suivre une ligne de crête
jusqu’au sommet. Il nous faut donc en premier lieu atteindre un col. Nous
marchons d’abord en suivant de très larges lacets dans des sentiers herbeux.
Mais nous voyons nettement un peu au-dessus de nous la ligne où s’arrête la
végétation. Le col qui nous ouvre le vallon Laugier (2600m) est atteint en un
peu plus d’une demi-heure. C’est l’occasion de faire une première pause et
d’enfin apercevoir notre objectif de la journée : le sommet de la Mortice Sud (3169m). Mais nous
sommes loin d’y être ! Il reste encore quatre étapes à parcourir. La
première consiste à remonter le vallon Laugier, une sorte de half-pipe
gigantesque en marchant le long d’un sentier étroit sur l’un de ses versants.
Ca râle dans le groupe. Pas tout le monde, ni parce qu’il y a des
mécontentements mais parce que ça fait partie du jeu. « C’est trop loin,
fait trop chaud, c’est quand qu’on s’arrête, on n’y arrivera jamais, c’est un
truc de ouf, oh une marmotte ! » Nous arrivons au col de Serenne
(2674m) mais là, lever de boucliers et redoublement de râleries quand nos
jeunes s’aperçoivent qu’on ne s’arrête pas ! La raison est simple, à 37m
au-dessus du col, il y a un site bien plus propice à s’arrêter pour
récupérer : le lac des neuf couleurs. Nous retrouvons les couleurs idéales
des eaux alpestres. Mais cette fois-ci, le lac est bordé d’immenses rochers
comme autant d’invitation à lézarder ou à plonger. Les râleries se sont tues
presque instantanément.
Reste encore trois étapes… et non
des moindres.
La première demande un réel
effort physique. Court mais intense. Un mur à gravir pour gagner un verrou. Un
verrou s’apparente à l’assise d’un fauteuil. C’est là où viennent s’échouer des
vestiges de glacier et l’on y trouve souvent un lac. Mais cette année, la
chaleur a eu raison des eaux de fonte. Tout autour de ce verrou nous sommes
entourés par un véritable décor de cinéma, des barres rocheuses dignes des plus
beaux westerns ! Reste deux étapes…
Si le verrou ressemble à l’assise
d’un fauteuil, il nous faut grimper sur un accoudoir. En d’autres termes, il
faut escalader une barre. Les râleries reviennent. « Où on va, à quoi ça
sert, c’est truc de ouf (ça aussi), on peut pas redescendre maintenant qu’on a
vu le sommet, oh des bouquetins ! » Le passage de la barre s’effectue
en moins de temps qu’il ne faut pour y penser et déjà nous sommes sur la
dernière partie. La pire…
Pourquoi la pire alors que le
sommet est bien en vue, presque à portée de sprint ? C’est que la pente
est raide et qu’elle va l’être de plus en plus jusqu’au sommet. Arrivés là,
chacun peut suivre son propre rythme. Les râleries ont fait place à une
concentration palpable.
Samuel arrive en tête eu sommet. Celui-là,
on se demande s’il s’est aperçu qu’il y avait de la pente… Suivi de très près
par Axel parce que quand même, l’excellente condition physique est là aussi.
Les garçons seront très vite rejoints par Margot, Charline et Zélie. Comme quoi
râler n’empêche pas d’avancer ! Les autres, moins sensibles à la dimension
sportive de la randonnée, admirent les paysages, les planeurs qui passent
lentement au-dessus de nous avec leurs sifflements caractéristiques. Et toute
la petite caravane arrive calmement en haut. La Mortice, c’est fait !
« En fait le mieux, c’est quand on en chie ! » dira Zélie. Tous
ne seront peut-être pas du même avis… mais tous ont compris que s’accrocher,
c’est déjà réussir. Et personne ne pourra leur retirer cet exploit personnel.
Car pour une troisième sortie en montagne, et surtout pour des non initiés,
cela représente un véritable exploit de ténacité et d’endurance mentale.
Quelques photos en hommage à nos
sponsors et nous prenons un déjeuner bien mérité.
Pour repartir, il n’est plus questions
d’étapes, d’effort à gérer. Il faut juste rester vigilant. Le chemin de crête
en quart de cercle nous conduit rapidement au pied de la Mortice Nord. Mais au lieu d’y
grimper, nous redescendons dans le cirque en suivant la base d’une immense
barre rocheuse pour retrouver le verrou, l’assise du fameux fauteuil.
D’ordinaire, il y a des névés, des restes de neige en amas glacés. Mais encore
une fois, la chaleur a presque tout fait fondre laissant apparent l’ouverture
de gouffre d’une dizaine de mètres de profondeur.
Pour repartir, nous reprenons le
chemin de l’aller et retrouvons le lac des neuf couleurs. Nos jeunes se
retourneront souvent, éberlués, ébahis par le sommet encore à portée de vue.
« On a fait tout ça, c’est un truc de ouf, jamais j’aurais cru, c’était
facile finalement, c’était trop beau mais jamais je veux y retourner, oh la
marmotte de tout à l’heure ! »
Le vallon Laugier se fait une
allure de marche nordique. La bonne humeur, sans doute bien aidée par la
fierté, est revenue. Les véhicules sont bientôt à portée de vue. Quel plaisir
de quitter les chaussures ! Tout le monde attend tout le monde avant de
prendre un goûter qui prend des allures de repas de la victoire. Félicitations
à eux, ils peuvent être fiers !
Demain journée de repos.
Ils ont dit :
« Troisième jour, nous avons
fait l’ascension du sommet nommé la
Mortice, une des plus dures ascensions du séjour aussi bien
mentalement que physiquement. Pendant la montée en lacets nous avons pu voir
des marmottes à quelques mètres de nous. Nous avons traversé trois collines en
balcon, plutôt reposant car elles étaient plutôt plates. Nous avons atteint
notre premier but, le lac des neuf couleurs. Un superbe lac mais nous n’avons
trouvé que cinq couleurs… Ensuite, nous avons cheminé jusqu’au sommet, la Mortice sud, une ascension
très compliquée, très raide qui nous a fatigués physiquement mais aussi
mentalement. Au final, cela valait le coup, nous avons pu admirer un magnifique
paysage vu de 3100m. Nous sommes redescendus par la Mortice Nord pour rejoindre le
lac et reprendre notre chemin de l’aller. Notre ascension dura 7h30 en comptant les pauses, et un
dénivelé de 900m. Pour finir, nous étions agréablement surpris par la vue et la
découverte de faune de la flore malgré les difficultés.
Janelle et Laurine.
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